Au pays du management, quelle heure avez-vous ? Edwige Dupèbe sur Linkedin

Des dossiers tous aussi urgents les uns que les autres, des sollicitations permanentes, des outils et des moyens insuffisants, un accompagnement inexistant, une pression extrêmement forte sur les résultats…

Des collaborateurs qui ne comptent pas leurs heures (avec le classique « tu prends ton après-midi » lancé à quelqu’un qui oserait partir à son heure de débauche contractuelle), qui sacrifient leur temps de sport, les sorties, les activités avec leurs enfants, la vie de famille … pour finalement être tellement épuisés en rentrant chez eux qu’ils ne sont plus capables d’être disponibles pour leurs proches. Des personnes qui déroulent leur vie mono-centrée sur leur travail, sans y avoir ni le cœur ni les contreparties espérées à titre professionnel… ça vous parle ?

C’est le schéma d’un management exigeant, et uniquement exigeant.

Méthode d’encadrement très courante en France jusque dans les années 2010, le système a montré ses limites : baisse de la productivité, anéantissement total de la créativité, burn-outs en série avec ses conséquences dramatiques pour les individus, turn-overs élevés, et au bout du bout problématiques de recrutement fortes due à une « image de marque » catastrophique pour l’entreprise. Face à cette situation, certaines ont radicalement changé leur approche.

Pour retrouver un niveau d’engagement fort des équipes, donner envie à nouveau, supprimer la peur du chef, en finir avec des objectifs multiples, à court terme, et toujours plus hauts…

Elles ont mis le cap sur un management bienveillant.

Philippe Rodet par exemple a porté haut la bienveillance « active » avec l’idée que « chacun fait l’effort pour l’autre ». Parce-que la bienveillance au travail c’est la capacité de chacun à prendre soin de l’autre. Les managers de leurs équipes en priorité bien sûr, mais pas seulement. Il s’agit de créer un climat de confiance, d’interaction, propices aux échanges et aux idées nouvelles.

La démarche amène à revoir aussi l’environnement de travail, les outils, les moyens alloués… et la QVT (Qualité de vie au travail) devient autre un sujet central.

Pour les entreprises qui ont actionné cela, les résultats sont nets : des salariés 2 fois moins malades, 6 fois moins absents, 9 fois plus impliqués, 55% plus créatifs et 30% plus productifs. Voilà pour l’analyse par le spectre économique.

Le bilan humain est tout aussi satisfaisant : des collaborateurs qui se sentent bien dans leur travail, des équipes stabilisées, qui élaborent un plan de carrière individuel et bénéficient de formations adaptées, qui « parlent en bien » de leur employeur.

On pourrait penser que tout a été dit, et fait aujourd’hui en management. Permettez-moi de ne pas être d’accord.

Pour commencer, encore beaucoup trop de personnes vivent actuellement un management exigeant et ses souffrances. Statistiquement, les PME par exemple, mais aussi la fonction publique, ont beaucoup de difficultés à s’engager sur l’apprentissage du management. Le chef a été nommé pour ses compétences techniques ; point. Oui mais voilà, manager c’est un métier. Comme tout métier cela s’apprend. Le chemin est encore long pour que chacun perçoive les bienfaits énormes, y compris sur le plan économique (on l’a dit 30% de productivité en plus) d’une démarche de formation de son encadrement.

Pour suivre, au-delà du secteur, il y a l’effet « travail en mode projet » ; extrêmement répandu maintenant, qui vient chambouler la hiérarchie établie. En effet nous voyons naître de fait une hiérarchie transverse qui impose à ceux qui la vivent beaucoup plus d’adaptation, de concertation, de réactivité.

Enfin, s’ajoute à tout cela un effet générationnel très visible à ce jour. On évoque ça et là la génération Z : valeurs différentes, attentes différentes, que certains qualifient de génération « exaspérante » parce-qu’elle ne se soumet pas, elle n’accepte pas les règles sans contrepartie.

La vérité c’est que les générations antérieures commencent à réaliser que quelque part, « ils ont raison » : vouloir être respecté, avoir un intérêt à ce que l’on fait, attendre du sens et de la reconnaissance… eux ont sacrifié ces points pour avoir un job. Mais à quel prix ?

Chacun aujourd’hui remet en cause le modèle et cherche sa place.

L’heure des concessions a sonné. Chers employeurs prenez acte ! 

Alors c’est le moment où je deviens militante, pour le management de demain qui serait une alliance. Ce mariage entre ce qui permet le dépassement régulier des résultats : l’EXIGENCE. Oui l’exigence n’est pas une substance toxique qu’il faut évacuer à tout prix ! Elle fixe le cap, donne les règles de fonctionnement, permet une bonne gestion des objectifs avec un échéancier raisonnable.

Et d’autre part ce qui permet de préserver les relations durablement : la BIENVEILLANCE. Oui la bienveillance est bénéfique, elle introduit la notion de respect mutuel, favorise la communication interne et externe, développe l’autonomie et produit un climat favorable.

Cette alliance est en réalité un équilibre entre Exigence et Bienveillance (ni trop, ni trop peu) Un équilibre fragile comme une nécessité. Mélangeons les 2 mots ensemble…

Le management de demain sera EXILLANT !

C’est en tout cas ce que j’appelle de mes voeux, ce à quoi je travaille chaque jour. La réconciliation de 2 visions qui se pensent opposées mais où en réalité chacune donne du sens à l’autre. Une même méthode – exillance – pour poursuivre 2 objectifs de développement : les richesses humaines, et les richesses économiques.

Cette vision de l’avenir managérial vous plaît ? Vous voulez la porter avec nous ? Rejoignez l’Exillance community (http://www.exillance.org/community)

Edwige Dupèbe – Axentiel Formation Conseil